La recherche en évolution est-elle buissonnante ? (4/4)

Enjeux et avenir

L'ISEM est une structure de recherche performante et participe à la réussite de Montpellier dans le domaine évolutif. Mais que fait-on du savoir acquis, quel est son but  ?

La communication, un exercice d'équilibriste

De tous les scientifiques, on dit l'évolutionniste le plus militant. A l'heure de la diffusion sans pareille de l'information, l'évolution est un concept qui fait couler beaucoup d'encre, mobilise pas mal d'octets sur la toile et use beaucoup de salive en grands débats. C'est pourquoi nous avons interrogé Eric Imbert à propos de la communication scientifique.
Celle-ci est un enjeu de taille dans la recherche scientifique, tant auprès du grand public que dans des documentations spécialisées. La valeur d'un chercheur aujourd'hui, se mesure en production de publications et en prestige des revues dans lesquelles elles apparaissent.
"Je suis partisan de la vulgarisation de la science en général, donc de la biologie et de l'évolution en particulier", affirme Eric Imbert. Le chercheur insiste sur le fait que la transmission du savoir est l'intérêt même de l'activité scientifique.

Il nous explique les différentes étapes de cette transmission et nous met en garde contre les écueils qui guettent tout scientifique se lançant dans la vulgarisation. "D'abord, les chercheurs partagent leurs résultats avec leurs pairs. Ensuite, de nombreux chercheurs enseignent aux étudiants de la licence au doctorat, ce qui est une autre étape de la vulgarisation. Enfin, certains se lancent dans des opérations plus ouvertes (lycées, bar des sciences, conférences publiques ...). Plus le public est large, plus les choses deviennent complexes en communication". Il ajoute que l'absence de formation à la vulgarisation des scientifiques n'est pas pour aider et que l'apprentissage se fait sur le tas. "Ce n'est pas un hasard si les vulgarisateurs s'améliorent avec l'âge ..." conclut-il.
Eric Imbert nous livre ensuite une recette surprenante pour participer à la diffusion des sciences. Surprenante mais non dénuée de sens, loin de là. "Je rajouterais une quatrième étape que je pratique régulièrement : discuter sciences avec sa famille et ses amis non scientifiques ... Expliquer en quoi notre alimentation riche en céréales n'est pas une bonne chose à l'heure de l'apéro, c'est aussi de la vulgarisation".

Nous n'avons, dès lors, qu'une seule question : qu'est-ce qu'on attend ?

De la recherche fondamentale vers l'application

En tout cas c'est ce que laissent présager les bulletins d'alerte écologique. Avec la modification à l'échelle globale du climat et des écosystèmes de la planète, ça chauffe dans les labos pour comprendre, prévoir, (ré)parer. Ou, quand le classique "Pourquoi, comment ?" voit arriver le "Quand ?".

Parce que mine de rien, les crises biologiques, c'est de l'évolution à l'échelle mondiale. Aussi l'ISEM a-t-il du pain sur la planche pour les cinq prochaines années, avec un objectif affiché : se préparer aux profondes mutations dont on sait aujourd'hui qu'elles se produiront quoi que l'on fasse.
Pour se préparer, rien de telle qu'une pléiade de prospections pour être remonter à bloc ; de la pure science fondamentale aux secteurs les plus finalisés, il n'y a que l'embarras du choix. Chaque domaine apporte sa pierre à l'édifice de la compréhension globale de l'évolution.

Au niveau fondamental tout d'abord, avec des départements comme la « Forme » (paléontologie essentiellement) où d'après  Monique Vianey-Liaud, « Les pistes sont nombreuses, nous savons ce que nous allons faire pour les dix ans à venir...(sic) ». Et pour être nombreuses elles le sont, entre autres :
Identification, reconstruction et suivi des processus intervenant dans les radiations évolutives, compréhension et mise en place de modèles pour l'étude des crises biotiques du Dévonien (« étude des conodontes et des trilobites (nous sommes le seul labo à étudier ces groupes) (sic)»)et du Cénozoïque notamment, mise en relation entre variation phénotypique et variation morphologique.
D'autres départements sont également concernés tels que « Génome » ou «Environnement » avec des axes aussi divers que variés. Le fonctionnement des écosystèmes et leur dynamique ou la compréhension des génomes via l'étude de la variation naturelle en passant par l'impact des changements climatiques globaux. Ces secteurs demandent parfois un temps de recherche plus long que les secteurs plus finalisés comme nous explique Monique Vianey-Liaud : « Les résultats se font attendre en paléontologie, d'autant plus que de nouveaux gisements en Amérique du Sud vont apporter de nouveaux éléments à étudier...(sic) ».

A un niveau plus finalisé, avec des départements comme « Diversité » et « Conservation-Domestication », c'est l'impact de l'anthropisation sur l'environnement et la biodiversité. Comment préserver cette dernière tout en essayant de conserver notre mode de vie, la façon dont l'Homme peut s'adapter à ces changements brutaux, voilà ce qui est au centre de toutes les attentions.
Les axes sont également nombreux et diversifiés avec, par exemple, l'étude des phénomènes de spéciation et d'extinction ou encore, la conservation de la biodiversité et l'aquaculture durable.
N'oublions pas que le secteur « Conservation-Domestication » est affilié à l'IRD, un institut sur le développement. A notre question sur les avantage d'un travail en collaboration au sein de l'ISEM, Jean François Agnèse (Directeur de l'IRD - Equipe Conservation/Domestication) nous a démontré que développement et évolution sont plus proches qu'on ne pourrait le croire :

«  Le terme « développement » recouvre plusieurs aspects. Certains de ces aspects ne sont pas en rapport direct avec la recherche. En ce qui concerne l'ISEM c'est l'aspect biologique qui est approché. Il y a beaucoup de répercussions du développement : santé publique, agriculture. Aujourd'hui de plus en plus de questions touchent au changement global[...] Par changement global je n'entend pas forcément le climat mais par exemple l'impact de l'homme sur son environnement, les maladies émergentes, la résistance aux polluants … Ces études visent à déterminer comment réagissent les écosystèmes, les organismes, comment ceux-ci s'adaptent.
Et l'adaptation c'est le lien vers l'évolution. L'évolution est liée au développement et vice versa. Cela concerne développement et évolution ».

L'ISEM est un exemple de pluridisciplinarité, d'échange d'idées et de concepts. Son travail actuel et à venir sur l'évolution et ses processus sera peut-être la clé qui nous permettra de traverser la crise.

Elsa Noël, Céline Robinet et Florent Thomas

« Nous sommes en troisième année de licence de biologie à la Faculté des Sciences de Montpellier, nous avons tous les trois envie de travailler dans la recherche en évolution et … on en ignore pour ainsi dire tout, comme la plupart des gens ». C’est de cette constatation commune a beaucoup d’étudiants de licence qu’est venu le désir de profiter d’un projet tutoré voué à la vulgarisation pour en apprendre plus sur la question … et pour le partager. Ainsi nous voilà lancé dans cette idée. Et quoi de mieux que l’Institut des Sciences de l’Evolution de Montpellier (ISEM) pour aborder le sujet ? Pour répondre à nos questions et retracer l’évolution de la recherche en évolution, nous sommes aller frapper à la porte de chercheurs et d’enseignants chercheurs de l’ISEM.

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  1. La recherche en évolution est-elle buissonnante ? (3/4) | Plume! - 10 mai 2010

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