Cet article fait suite à « Créationnisme, évolutionnisme et tous ces mots en –isme ». Il en est le prolongement, perdu quelques mois dans les arcanes de l’internet et retrouvé aujourd’hui. Après avoir suggéré d’éviter le terme évolutionnisme, voyons en quoi les sciences de l’évolution se distinguent… du créationnisme.
Dieu et la science
On le sait, nous sommes tous pétris d'une culture qui résulte en partie du lieu géographique et de l'époque dans lesquels nous vivons. La science n'échappe pas à ces influences culturelles, historiques... Pour autant, elle tente de fonctionner en observant des faits, en proposant et en testant des hypothèses, en ordonnant les faits et les résultats selon une logique qui donne cohérence à l'ensemble et qui aboutit à des théories, scientifiques, à valeur explicative et heuristique.
Les sciences, naturelles en particulier, cherchent donc à se dégager de l'idéologie. D’un point de vue social, la science fondamentale ne peut être taxée d'idéologie. C’est d’abord une méthode.
La théorie de l'évolution entre dans ce cadre scientifique qui vise à expliquer le monde. La science exclut Dieu de ses explications, non par idéologie, mais parce qu'elle sait qu'elle ne peut ni infirmer ni confirmer l'existence de Dieu. Elle ne peut donc prendre l'existence de Dieu comme hypothèse, ou plutôt elle considère cette hypothèse comme invérifiable. Alors qu'elle peut tester de nombreuses autres hypothèses, certes de moindre envergure ! mais bien plus opérationnelles pour avancer dans la compréhension du monde, des objets matériels.
Dieu et le créationnisme
Bien qu’ils s’en défendent plus ou moins, les créationnistes refusent la démarche scientifique parce qu'ils refusent ou ne sont pas en mesure d'exclure Dieu, le Créateur, de leur méthode de pensée. Pour les Chrétiens, c’est le début de la confession de foi (Credo) : « Je crois en Dieu tout puissant Créateur… ». C'est un fait psychologique. Les créationnistes sont dominés, au sens étymologique (Dominus), par la croyance en ce Dieu qui, en tant que Maître, dicte leurs pensées et leurs actes. Au point qu'ils assimilent l'exclusion méthodologique de Dieu, nécessaire à l'activité scientifique, à une exclusion philosophique, métaphysique voire politique. Les créationnistes, vivant tous les moments et tous les éléments de leur vie sous l’autorité divine, sont plus préoccupés d'ordre social, fondé par l’ordre divin et religieux, que de compréhension rationnelle.
La part du doute
Un autre point, lié au précédent, est la place accordée au doute dans l'activité scientifique, au moins depuis Descartes.
D'une part, la science ne pouvant ni prouver ni infirmer l'existence de Dieu, elle est accompagnée de ce doute fondamental : « p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non », peut-être que Dieu existe, peut-être qu’il n’existe pas. Rien, dans le domaine scientifique, ne permet de se prononcer. D'autre part, toute hypothèse – et il y en a de nombreuses, formulées en vue de répondre aux questions qui se posent - est mise en doute tant qu'elle n'a pas été testée. Autrement dit, quelles que soient les convictions intimes du scientifique, celui-ci accepte que ses pensées, tout comme les hypothèses et les théories auxquelles elles se réfèrent, soient remises en question(s).
Les extrémistes, les idéologues, les dogmatiques, refusent ces deux types de doute. Ou, encore une fois, ne sont peut-être pas en mesure de les accepter.
Une hypothèse non testable vs. une théorie scientifique
Ce que les tenants de la théorie de l'évolution (les exelixiologues ?) refusent, ce n'est pas, a priori, l'idée d'une création possible. C'est le fait que cette idée de création, hypothèse non vérifiée à ce jour, soit élevée par les créationnistes au rang de théorie au même titre que la théorie de l'évolution (au sens scientifique). Et pire : les créationnistes cherchent à faire passer la théorie de l'évolution, avec ses constats, ses hypothèses et ses expériences, comme… une hypothèse parmi d’autres, voire une simple opinion ! Joli tour de passe-passe. C'est la confusion des termes, et la confusion méthodologique l'accompagne.
L’inquiétude des scientifiques
Si les scientifiques s'inquiètent face au créationnisme, c'est qu'ils voient dans cette confusion, dans ce refus du doute méthodologique, et dans certaines manipulations évidentes, le spectre ou le visage de nombreuses intolérances s'opposant à la liberté de penser qui constitue la condition première de la démarche scientifique.
De leur côté, les créationnistes opposent les mêmes genres d’arguments, en appelant eux aussi à la liberté de penser : « On nous impose la théorie de l’évolution à l’école ! ».
Comment s’y retrouver en matière de vulgarisation scientifique?
Il est important de bien comprendre que, pour les créationnistes, l’existence de Dieu est considérée comme un fait, alors qu’il s’agit en réalité d’une intime conviction ou d’une pensée imposée par la tradition.
En ce qui concerne la vulgarisation ou la médiation, l’enseignement et toutes les formes de diffusion de la culture scientifique, il est donc fondamental de revenir aux faits.
En proposant d’observer, de comparer, de tester, d’expérimenter pour construire la pensée à partir de ces faits et des questions qu’ils nous posent. En éduquant et en permettant les apprentissages méthodologiques propres à la science et qui se fondent sur la curiosité et le plaisir qu’elle procure.
En plaçant ces apprentissages dans la pratique concrète du terrain, chaque fois que possible, avant de les placer dans l’ordre du discours ou de la réflexion abstraite.
En adoptant un langage, une pédagogie, des médias, qui soient adaptés à chaque « public » : enfants, grand public, érudits, scientifiques non biologistes …
Ici se posent quelques questions importantes. Qui diffuse quoi ? Avec quel langage et avec quels niveaux de simplification, de « traduction » ? Cela sera peut-être l’objet d’un autre article...


J’observe que les créationnistes et partisans du "dessein intelligent" invoquent notamment les « arguments » suivants :
- "la science s’occupe du comment ; la religion du pourquoi". Comme si deux hypothèses contradictoires pouvaient être vraies en même temps, selon le point de vue ou le « niveau, la sphère, le registre ». Comme si l’erreur n’existait pas.
- "l’harmonie, la beauté de la nature", en fait apparentes et subjectives, car imperceptibles par les autres primates, ou encore l’ordre apparent de l’univers (malgré les cataclysmes naturels),
-"l’impossibilité de reproduire expérimentalement les processus évolutifs" qui ont eu lieu en des millions d’années. Et pour cause ! C’est évidemment impossible en éprouvettes !
- "l’absence d’évolution de certaines espèces" comme les tortues ou les lézards. C’est pourtant normal si l’environnement ne change pas.
- "les chaînons manquants et les lacunes actuelles de la science". Il y en aura forcément
toujours !
- "les rares fraudes", indignes de vrais scientifiques, etc.
A moins de refuser d’ouvrir les yeux, ne fût-ce que sur nos doigts de pieds non fonctionnels et donc atrophiés, entre autres organes « vestigiaux », l’Evolution apparaît pourtant comme un fait flagrant, et non plus comme une théorie (même Jean-Paul II, a dû l’admettre, mais avec Dieu comme organisateur !).
Certes, il est évidemment impossible de démontrer scientifiquement, c'est-à-dire de reproduire expérimentalement, la réalité de l’Evolution, ne fût-ce qu’à cause de sa complexité et des bouleversements climatiques et géologiques intervenus pendant des milliards d’années.
Mais d’innombrables observations, toujours convergentes, confirment qu’elle a eu lieu : par exemple le fait que tous les embryons des vertébrés se ressemblent au début de leur développement (présence d’une queue ou de branchies, par exemple, mais sans qu’il y ait pour autant « récapitulation ancestrale ), etc …
Il importe peu finalement qu’il y ait eu, ou non, micro ou macroévolution, adaptations aléatoires, mutations positives ou non, etc … Notre compréhension des mécanismes bio-physico-chimiques qui ont présidé à la complexification du vivant et à l'évolution des espèces restera toujours partielle. Tout comme, par exemple, l’explication de l’aptitude des seuls neurones humains à « produire » la pensée créatrice et l’imaginaire, aptitude qui est, elle aussi, un fait incontestable, mais déjà suffisamment explicable pour se passer d’une intervention divine.
Entendons-nous bien : les neurosciences ne visent évidemment pas à démontrer l’inexistence de « Dieu » (par définition, aucune inexistence n’est démontrable). Mais il est vrai, du moins à mes yeux, qu’elles peuvent inciter à conclure à son existence subjective, imaginaire et donc illusoire.
Aussi partielle soit-elle, cette nouvelle approche permet déjà, à mon sens, d’élaborer des hypothèses explicatives quant à l’origine et à la fréquente persistance de la foi, et donc à l’anesthésie, partielle ou totale, de l’esprit critique en matière de religion.
A mon sens, la question fondamentale est donc :
Pourquoi les créationnistes ou partisans du "dessein intelligent » le sont-ils ?
Ont-ils vraiment choisi de l’être ?
Pourquoi sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et scientifique ?
Pourquoi des scientifiques croyants, ne pouvant plus contester le fait de l’Evolution, tentent-ils de faire du « dessein intelligent » une « théorie scientifique" digne d'être enseignée au même titre que l’évolutionnisme, alors qu’il s’agit d’une croyance, du fait sa référence transcendantale ?
Pourquoi veulent-ils à tout prix concilier la foi et la raison, la religion et la science ?
Je propose quelques hypothèses explicatives. Peut-être notamment :
- parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires et qu’ils ont besoin d’explications immédiates et sécurisantes.
-parce que la notion de commencement, et donc de création, est anthropomorphique et sécurisante.
- parce qu’il est difficile, à notre échelle moins que centenaire, de se représenter l'influence que des centaines de millions d'années a eue sur l' Evolution, ce qui explique pourtant la complexification du vivant et la variétés des espèces.
- parce que, comme l’a dit le Pasteur évangélique belge Philippe HUBINON :
« S’il n’y a pas eu création, tout le reste s’écroule ! » … Donc aussi Dieu, etc … !
- mais sans doute aussi à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques par ailleurs éminents.
En effet, par orgueil et méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral aient pu laisser des traces indélébiles dans leur cerveau émotionnel, au point d’influencer leur cerveau rationnel et d’anesthésier leur esprit critique, indépendamment de leur intelligence et de leur intellect, dès qu’il est question de religion.
Comme l’a écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ».
Or, c'est, me semble-t-il, un fait d’observation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, et confortée par l’influence d’un milieu culturel, unilatéral puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante et qu’il incite, à des degrés divers, à la soumission à une Vérité exclusive et dès lors intolérante.
L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 %.
La soumission religieuse s’explique : après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu » (dominant/dominé), Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’Evolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … !).
Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la religiosité à l’âge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, puis polythéiste, n’est apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, à imaginer, grâce au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi » , fût-il de nos jours qualifié, par rationalisation, de « Présence Opérante du Tout-Autre »(A. Vergote).
Des neurophysiologistes ont par ailleurs constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, renforcées par la « plasticité synaptique », sont indélébiles …
L’ IRM fonctionnelle confirme que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.
On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.
Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions, …) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en l’existence subjective de « Dieu », restera toujours un droit légitime et d’autant plus respectable qu’elle aura été choisie en connaissance de cause, plutôt qu’imposée précocement.
Puisse l’avenir favoriser l’avènement d’un système éducatif fondé sur un humanisme, non pas athée mais laïque car non prosélyte, qui permettrait à chacun de choisir aussi librement que possible de croire ou de ne pas croire.
Michel THYS à Waterloo. michelthys@base.be http://michel.thys.over-blog.org
Références bibliographiques.
Mes hypothèses explicatives quant à l’origine psychologique et éducative de la foi, ainsi qu’à sa fréquente persistance neuronale, sont le résultat de nombreuses lectures. Notamment :
- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966,
ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.
- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D
« Religion et développement humain »,. 2001.
- - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.
- Jean-Didier VINCENT « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » O. Jacob 2007.
- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.
- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994
- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».
- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.
- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »
- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »
- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by
electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.
- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.
- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.
- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.
- Francis CRICK « Une vie à découvrir »
- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».
Etc.
Cher JP et Michel, vos ( trop?) long exposés basés sur de soit-disant faits qui démontreraient que l'évolutionnisme serait une théorie incontournable, se heurte a un point fondamental: ou est le chainon manquant? Personne jusqu'ici ne l'a trouvé! Donc cela veut dire que cette prétendue théorie n'est pas démontrable en laboratoire et donc elle n'est qu'une simple hypothèse! On nous en a "rabattu" les oreilles pendant notre scolarité, puis par les médias et toujours rien de nouveau! La création "naturelle" d'une entité biologique n'a jamais pu ètre démontrée! Alors comment peut-on la considérer comme étant la seule explication des origines de la vie sur terre? Moi, et de plus en plus de personnes, scientifiques compris, ne voient qu'un autre possibilité, le créationnisme d'ordre "divin" pour certains, d'ordre scientifique pour d'autres! (mon cas) Je préfère incontestablement, la théorie selon laquelle la vie a été apportée sur terre par des "scientifiques" venus d'une autre planète! Cela me semble infiniment plus logique!