Disparaître aux yeux de tous, telle est la magie opérée par de nombreuses espèces animales et végétales, grâce à des années (voyez large) de sélection naturelle. Comme vous en avez déjà surement entendu parler, seuls les gènes qui se répandent au maximum (par le biais de la reproduction des individus qui les véhiculent) laissent des descendants. Pour se reproduire, il faut déjà que le « véhicule » reste en vie. Un des mécanismes qui a fait ses preuves dans ce domaine est le camouflage, ou art de faire corps avec le décor, pour échapper au plus vil ennemi (prédateur), ou bien au contraire duper la proie.
Tout est une condition d'environnement
La sélection est un mécanisme qui dépend des conditions de l’environnement. Prenons un exemple très souvent cité en biologie pour expliquer les mécanismes de la sélection : le cas de la phalène du bouleau. Ces papillons nocturnes, sujets de la reine d’Angleterre, ont pour habitude de se poser durant la journée sur des troncs de bouleaux en déployant leurs ailes. Ha ha! Proies faciles, me direz-vous, pour tous les oiseaux passant par là ! Si ce n’est que ces papillons disposent d’une robe claire et parcheminée, qui les confond merveilleusement bien avec les lichens présents sur les troncs. Mais quand a commencé l’ère de l’industrialisation, associée à son lot d’effets secondaires comme la pollution, les troncs des arbres des zones industrialisées se sont noircis et les lichens ont disparu. Dans ces régions, la forme claire du papillon n’étant plus vraiment adaptée, sa fréquence a diminué. Une forme sombre, apparue par mutation, a trouvé son créneau durant cette période. Moins détectable par les prédateurs (donc ayant une probabilité de survie plus élevée), elle a augmenté en fréquence. La forme claire est restée toutefois prédominante dans les zones rurales ou non polluées.
Pour vivre heureux vivons cachés
Il existe de multiples façons de se camoufler. Une stratégie qui a été sélectionnée chez de très nombreuses espèces est d’avoir une couleur assortie à son environnement : des sauterelles vertes, des soles couleur sable, des crabes rouges dans des coraux rouges... Certaines espèces ont aussi la forme d’objets qui représentent peu ou pas d’intérêt pour le prédateur, comme par exemple une pierre, une feuille, ou une tige. Un bon exemple est le phasme-bâton, qui comme son nom l’indique, est un insecte que vous ne remarqueriez sûrement pas quand il est figé sur sa plante. Dans la même idée, d’autres espèces se revêtissent d’éléments trouvés dans leur milieu naturel. C’est le cas du poisson-pierre dont la peau émet un mucus permettant de retenir algues et morceaux de coraux, prenant ainsi l’apparence d’une pierre du récif. La sélection a aussi favorisé des stratégies comportementales associées à l’apparence des individus. Les phyllies (insectes ayant l’apparence d’une feuille) se déplacent en imitant les mouvements d’une feuille dans le vent, ou encore certaines pieuvres, prenant l’apparence d’une pierre, avancent avec le mouvement des vagues. Ces animaux et leurs « cousines », les seiches (mollusques marins), ont la capacité de changer de couleur en quelques secondes, grâce à des cellules pigmentaires spécialisées: les chromatophores. Ainsi, quand ils se déplacent, ces animaux répondent au changement de coloration de leur milieu de façon instantanée, comme les caméléons.
A ce jeu de cache-cache, certaines espèces pourraient paraître à nos yeux humains de piètres joueuses, alors qu’en fait elles sont très bien cachées aux yeux de leur prédateur ou de leur proie. En effet, les modes de perception sont propres à chaque espèce, et la stratégie de camouflage va dépendre de la relation entre le prédateur et sa proie, et de leur histoire évolutive. Ainsi, le zèbre n’a pas besoin de couleurs assorties à la savane en plus de ses rayures : son principal prédateur, le lion, ne voit que les nuances de gris… N’allez tout de même pas tenter la tenue-zèbre en savane, car tout camouflage peut être démasqué…
Alice Rémy

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