Evolution virale : de plus en plus curieux?

 

En avril dernier, Alice était dans la commune libre de Oaxa­ca, au Mexique, lorsque le virus de la grippe A — à peine un organisme vivant ! — a provoqué la mort d’enfants et de vieillards, la fermeture des écoles, des aéroports, des lieux publiques, etc. Sentant une fièvre monter, Alice court voir son amie la Reine Rouge.

- Est-ce que je vais mourir ? Bégaye Alice, étouffée par la peur.

- Si tu te soignes, non, Alice ! Sache que le nez-qui-coule peut être provoqué par des Rhinovirus, Influenzavirus ou autres, qui sont rarement des virus très virulents ! Par contre, les épidémies annuelles de grippe tuent entre 250 000 et un million de personnes par an dans le monde et particulièrement des jeunes en­fants ou des séniors et surtout dans les pays qui n’ont pas de services médicaux efficaces.

- Mais pourquoi a-t-on si peur de ce virus mexicain ? « Curiouser and curious­er ! » se dit-elle.

- C’est un virus de la grippe du même type que celui de la grippe espagnol qui a entrainé la disparition de 20 -selon la police- à 100 millions -selon les organisa­teurs- de personnes en 1918 (soit 25 à 40% de la population mondiale).

Humm ! Évidement, cette perspective n’enchantait guère Alice.

- Mais comment ces tueurs-en-séries sont-ils apparus ?

- Le premier paramètre important, répond la Reine Rouge, c’est la création de mutants au sein des populations. Sur ce point là, la plupart des virus sont vraiment très forts : leur taux de mutation est environ un million de fois plus important que celui de leur hôte eucaryote. En effet, les virus (comme la grippe) créent en moyenne une mutation n’importe où dans leur génome à chaque fois qu’ils le copient, c’est-à-dire 10 000 nucléotides. Les cellules eucaryotes, quant à elles, créent environ une mutation tous les 10 000 000 000 nucléotides ! Les virus créent donc beaucoup de diversité très rapidement !

Le deuxième paramètre important pour l’évolution virale, c’est la taille de population des virus. En fait, c’est une question de prob­abilité de création... oui, la probabilité pour qu’un virus soit créé en étant capable d’infecter à la fois des poules et des humains est beaucoup plus faible dans une seule poule que dans 100 000 poules ! Pire, la probabilité est encore plus forte si tes poules sont enfermées dans une même cage toute la journée, et qu’elles s’éternuent constamment les unes sur les autres.
Troisième paramètre : la migration entre les fermes... Oui, si tu as des milliers de poules à produire, tu auras besoin de beaucoup de nourriture et d’un suivi sanitaire constant. Les entrées et sorties des camions et des vétérinaires seront d’autant plus importantes... et le risque de ramener de nouveaux virus dans ta ferme aussi (cf l’exemple de la fièvre aphteuse) !

- Et est-ce qu’il y a eu une mutation mortelle qui est apparue chez le virus de la grippe mexicaine ? demanda Alice d’un air effrayé.

- Oui et Non. Oui, il y a bien eu création d’un nouveau mutant ayant des caractéristiques particulières, notamment celle i) d’être transmis d’humain en humain et ii) de tuer certains d’entre eux. Mais non, ce mutant n’a probablement pas été créé dans un humain... Reprenons depuis le début... En fait, on devrait parler des virus de la grippe : certains sont spécialisés aux humains, d’autres aux porcs, d’autres encore aux oiseaux, etc. Chacun de ces types de virus possède des protéines situées à l’extérieur de la particule virale qui permettent d’infecter tel ou tel hôte. Mais il y a une particularité : les porcs peuvent être infectés par les virus de la grippe humaine et aviaire, sans en mourir. Or, le virus de la grippe est segmenté en huit morceaux – en 8 chromosomes pour ainsi dire – chacun codant pour une ou quelques protéines... lorsque plusieurs virus rentrent dans une même cellule hôte, des descendants hybrides possédant des segments des deux virus parentaux peuvent ainsi être créés. Bien qu’on ne connaisse pas son origine, on a retrouvé dans la grippe mexicaine de 2009 des gènes d’origine de grippes porcine, aviaire et humaine.

Peut-on éviter un désastre?

La Reine Rouge fulmine devant Alice... « Est-il seulement envis­ageable que les États comprennent la réelle dynamique virale ? L’enjeu semble se jouer entre le maintien de filières agricoles puis­santes et privées et la santé publique mondiale. Pour arrêter de tels risques d’émergences, il faudrait tenter d’agir sur l’un ou plusieurs paramètres des épidémies. Peut-on envisager de diminuer le taux de mutation des virus, leur taux de ré-assortiment, leur taux de co-infection ? Cela nécessiterait sûrement beaucoup d’effort pour peu de résultats. Par contre, il conviendrait de diminuer les tailles de populations virales en limitant la taille des fermes industrielles, leurs connexions, leurs organisations (en Asie, on verrait des bat­teries de poules au dessus de cochons), etc. Entre l’épidémie de fièvre aphteuse sur les vaches et la grippe aviaire, l’industrie de la viande est vraiment dangereuse. Nous restera-t-il assez de temps avant un désastre sanitaire planétaire ? »

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1 commentaire pour “Evolution virale : de plus en plus curieux?”

  1. Fred 17 août 2010 à 11:53 #

    Bonjour

    Merci pour cet article. Je me demande toutefois si cette phrase n'est pas fausse : "C’est un virus de la grippe du même type que celui de la grippe espagnol qui a entrainé la disparition de 20 -selon la police- à 100 millions -selon les organisa­teurs- de personnes en 1918 (soit 25 à 40% de la population mondiale).". En effet, il semble qu'en 1920, la population mondiale était de l'ordre de 1800 millions d'habitants (http://fr.wikipedia.org/wiki/Population_mondiale#.C3.89volution_.C3.A0_travers_le_temps) .
    A vérifier je pense - 25 à 40% de mortalité pour le coup, ça fait vraiment peur !

    Fred

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