L’idyllique relation parents-enfants

À quand remonte votre dernière promenade en forêt, dans la quiétude d’un dimanche matin (sobre) ? Souvenez vous, peut-être vous est-il alors arrivé d’entendre des petits cris étouffés provenant d’une cavité d'un arbre ou d’un buisson dense. Pas de crainte à avoir, il s’agit certainement de piaillements émis par des jeunes oisillons. Produits par de nombreuses espèces d’oiseaux, ces cris sont appellés “cris de quémandage”.

Pourquoi ces cris ?

Au premier abord, l’existence de ces cris peut paraître paradoxale : pourquoi faire tant de bruit et risquer d’attirer l’attention de prédateurs éventuels ? En effet, qu'ils piaillent ou qu'ils se taisent, il est de l’intérêt des parents de s’occuper au mieux de tous leurs jeunes afin que ces derniers soient forts et en bonne santé et puissent ainsi survivre et se reproduire à nouveau pour transmettre leurs gènes hérités des parents. On s’attendrait alors à observer des jeunes silencieux, attendant patiemment que leurs parents distribuent équitablement la nourriture. Pourtant, un détail vient tourmenter cette vue idyllique : les jeunes veulent toujours plus ! Il ne s’agit pas là d’un caprice, mais bien d’un intérêt à obtenir plus : dans un monde où la nourriture est limitée, il est impératif pour les jeunes d’obtenir un maximum de ressources afin de survivre et d’avoir une chance de se reproduire. Mais les parents aussi sont limités en ressources : ils nourrissent leurs jeunes jusqu’à 900 fois par jour (environ une fois par minute), nourriture qu’il leur faut bien évidemment trouver, ce qui demande un effort très important. Par conséquent, ils doivent répartir ce qu’ils trouvent entre leurs différents jeunes, tout en conservant assez de ces ressources pour eux même. En effet, il serait assez avisé de survivre pour être capable d’élever ses jeunes, mais aussi pour se reproduire les années suivantes et ainsi produire encore plus de jeunes. La quantité de nourriture apportée aux jeunes par les parents est ainsi inférieure à ce que ces derniers veulent (toujours plus !). Par conséquent, les jeunes sont en compétition entre eux pour tenter d’obtenir la nourriture apportée par les parents. Les cris de quémandage que l’on peut entendre pourraient alors servir à obtenir plus de nourriture que les frères et sœurs dans cette compétition pour la survie.

Mais alors que veulent dire ces cris ?

Une possibilité est “j’ai faim”. Émettre ces cris pourrait alors permettre aux jeunes qui en ont le plus besoin d’obtenir de la nourriture. Des études montrent que ces cris peuvent aussi signifier “je suis fort”, “je suis un mâle” ou même simplement “je suis ici”. Ces cris serviraient donc à informer les parents sur l’état physique et de santé de leurs jeunes, leur permettant de distribuer la nourriture de façon à maximiser la croissance et la survie de leurs jeunes, et ainsi de favoriser la transmission de leurs gènes. Par exemple, on s’attend à ce que les parents (dans certaines conditions, mais pas toujours) nourrissent les jeunes qui ont le plus faim. Ils ont donc besoin d’information sur l’état de leurs jeunes. Autrement, les jeunes les plus forts, et donc les plus compétitifs, risqueraient de monopoliser toute la nourriture apportée au détriment des plus faibles. Les cris de quémandage auraient donc évolué pour informer les parents de différents aspects de l’état de leurs jeunes.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. D’autres moyens sont utilisés dans cette communication entre parents et jeunes comme la couleur de l’intérieur du bec ou celle des plumes, et peuvent eux aussi informer les parents sur différents aspects de l’état des jeunes. Cette communication semble donc être un mécanisme bien rodé, presque idyllique : les jeunes informent, les parents décident, tout le monde est content. Bien évidemment non, le conflit ne s’arrête pas là: les parents veulent toujours plus de jeunes, les jeunes veulent toujours plus pour eux même, et le conflit continue. Alors se pose la question de l’honnêteté : pensez vous que ces oisillons peuvent mentir ?

À la source

Trivers R. 1974. Parent-offspring conflict. American Naturalist. 14(1): 249-264.
Kilner R. & Johnstone RA. 1997. Begging the question: are offspring solicitation behaviour signals of need? Trends in Ecology and Evolution. 12(1): 11-15.


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